Le commandant observait ce jeune homme avec étonnement, et malgré lui, ses yeux se mouillaient de pitié et d'admiration.
—Et si je te faisais grâce?
—Eh bien, mon commandant, je l'accepterais avec plaisir, parce qu'en même temps vous feriez grâce à ma pauvre mère.
—Allons! tu es décidément un brave garçon, et tu ne méritais pas de tant souffrir. Tu peux t'en aller.... Auparavant, viens que je t'embrasse.... Bien. Maintenant, sauve-toi, et vivement. Va rejoindre ta mère, et aime-là toujours bien.
En même temps, le bon commandant prenait le jeune homme par les épaules, et le poussait doucement dehors.
—C'eût été vraiment dommage, dit-il à ses officiers en se retournant.
Victor ne courut pas, il vola à Belleville. Heureusement sa mère dormait toujours, mais d'un sommeil qui semblait péniblement agité. Il n'osait pas la réveiller, pourtant il aurait bien voulu l'embrasser et lui faire partager sa joie.
Tout à coup, elle se dressa en criant:
—Victor!... mon enfant!... grâce!... grâce!... Ah! tu es là, fit-elle en s'éveillant. C'est bien toi? En même temps elle le palpait et le serrait alternativement dans ses bras tout en le couvrant de baisers.—Ah! mon pauvre enfant!... mon cher enfant!... finit-elle par dire, je rêvais qu'on allait te fusiller.
C'eût été, en effet, grand dommage qu'on l'eût fusillé, ce petit communard malgré lui, car il est aujourd'hui l'un des officiers les plus distingués de notre armée d'Orient.