— Mes saules poussent ! mes saules poussent ! disait-il tous les soirs quand il rentrait. Il se couchait de bonne heure pour rêver d’eux.
Puis un jour, subitement, M. Sénez devint sombre ; il ne parlait plus des saules, il ne voulait plus qu’on lui en parlât.
Et cependant, en plein mois de mars, devaient-ils avoir assez de feuilles !
Je flairais un drame dans ces saules ! Je voulus les voir de mes yeux ; sans avertir M. Sénez, je me rendis à la maisonnette.
Pauvre ami ! Pauvre M. Sénez ! Alors je compris ses tristesses. Le paysage idéal était là ; le soleil couchant se couchait ; la grenouille chantait sous le jet d’eau ; mais les saules, les fameux saules, qu’il avait rêvés échevelés et blonds comme une jeune fille d’Allemagne, les saules pleureurs, hélas ! ne pleuraient pas : horribles, hérissés, ils portaient fièrement la chevelure en broussaille du salix vulgaris, des simples saules, ces écoliers mal peignés de la végétation.
Ce fut navrant.
On m’a volé, disait M. Sénez ; la campagne n’a plus de charme pour moi ! Je partirai demain.
M. Sénez faisait déjà ses paquets.
Pourtant le lendemain M. Sénez ne partit pas, le surlendemain non plus, ni les jours suivants. Peu à peu sa joie lui revint ; il retourna au bastidon.
Une après-midi, plus joyeux encore qu’à l’ordinaire, mais joyeux de cette joie discrète des inventeurs qui ont trouvé :