Le lendemain matin, dès huit heures, je sautais à bas de mon lit d’auberge, et je m’inquiétais de trouver un logement. L’hôtesse m’indiqua tout au bout de la ville, dans un quartier tranquille, « à la porte de la campagne », une maison où, disait-elle, il devait y avoir des chambres à louer.
Imaginez une longue rue déserte, en pente, à côté de l’église, dont les cloches carillonnaient. Çà et là, des murs de jardins avec des lilas et des pêchers qui regardaient par dessus. Un grand perron barrait à moitié la rue. C’était là.
Je ne pus m’empêcher de sourire en voyant la solide rampe de pierre massive, polie comme le marbre par la culotte des gamins… humble et touchant détail qui me rappelait des glissades lointaines !
Point de sonnette ; il me fallut frapper, selon l’ancienne mode, avec le lourd marteau en fer forgé. Une petite vieille vint ouvrir.
— « Monsieur est le voyageur ? » me dit-elle.
On lui avait apparemment déjà parlé de moi.
La petite vieille devant, moi derrière, nous traversâmes un long corridor frais et silencieux, sonore, éclairé d’un peu de jour qui venait de je ne sais où. Sur les murs, blanchis à la chaux, s’étalaient cinq ou six portraits de famille dont je ne distinguais les traits que vaguement.
J’éprouvais une bizarre sensation : les lices, les remparts, cette vieille maison, toutes ces choses que je n’avais jamais vues, me touchaient comme des choses familières. J’aurais voulu rester là toujours. Il me semblait être revenu dans ma ville natale, mais une ville natale où personne ne me reconnaîtrait.