Nous sommes au pays de Mireille.

On aperçoit Maillane en passant ; le voiturier fait claquer son fouet devant le Mas des Micocoules.

Ici commence la Provence d’Arles. Des Provençales, pour nous voir, se montrent sur le pas des portes ; et leurs rires à belles dents, leurs yeux très vifs quoique plus souvent bleu glauque que noirs, surtout le petit mouchoir mutinement noué sur le front, les font ressembler, dit mon ami, à de jolis diables à cornes blanches. Mais ce n’est là que le négligé du matin. Cette après-midi, elles auront au complet le galant costume arlésien tout dentelle et velours ; le jupon fastueux, mais qui laisse voir le petit pied, le fichu plissé découvrant la nuque, et l’ornement de tête à la fois gracieux et fier avec son ruban plat largement brodé et sa coiffe à jour relevée en coquille.

Ne se coiffe pas ainsi, à la Provençale, qui veut. C’est tout un art, presque un secret ; les étrangères ne s’en mêlent guère. Prendre la coiffe (c’est le terme) entraîne une cérémonie, et les fillettes la prennent rarement avant treize ans.

D’ailleurs, c’est dimanche aujourd’hui, et si nous arrivons à Saint-Remy pour la sortie de la grand’messe, nous pourrons admirer les Provençales dans leurs atours.

Toute la ville est dehors, les hommes devant les cafés, les chatounes en train de se promener sous les platanes. Elles viennent par groupes, embrassées, nous regarder, et pas une n’oublie de rire de notre débraillé de touriste.

Une anecdote pour nous venger :

A Saint-Remy, un jour, Nostradamus vieux de plus de cent ans, et meilleur devin que jamais, prenait le soleil devant sa porte.

Une fillette passa :

— Bonjour, moussu Nostro-Damo !