— Superbe !

— Vous trouverez cela superbe demain ; mais c’est égal, même s’il fait beau, vous n’aurez rien vu. Qui veut voir les Baux doit les voir la nuit et au clair de la lune.

Ce disant, M. Moulin, inquiet du temps, ouvrit la fenêtre.

— C’est trop de chance !

Pendant que nous causions, le vent avait chassé les nuages et la lune inondait de ses clartés bleues la ville et le vallon, la ligne altière des tours et les découpures étranges des roches.

Nous avons vu les Baux la nuit. Tant que la lune à duré, malgré la fatigue, nous nous sommes promenés à travers un paysage de féerie. Une fois couchés, nous avons fait deux rêves : Mon ami, âme guerrière et tendre, rêvait qu’il était troubadour, et qu’il épousait mademoiselle Maria, laquelle avait des cheveux d’or et s’appelait Huguette. J’eus un rêve plus bourgeois : j’étais fort riche et je m’achetais un palais brodé à jour et dominant l’abîme, dans cette étrange ville des Baux où les palais se vendent quatre-vingts francs.

EN TRAIN DE PLAISIR

I
CONSEILS AU DÉPART.

L’hiver secoue ses dernières neiges : dans les haies encore frissonnantes, mais où pointent, déjà quelques bourgeons hâtifs, le printemps, comme un enfant qui joue et se cache aussitôt, a montré le bout de son nez rose. On s’ennuie chez soi, on rêve voyages ; des ailes poussent au plus casaniers ; et la Compagnie P.-L.-M., ce saint Pierre qui tient la clef des champs, couvre colonnes et murs d’immenses affiches jaunes annonçant des trains de plaisir pour Gênes, Florence, Rome, Naples.

Le Parisien, artiste ou petit rentier, s’arrête pensif devant ces affiches : « Eh quoi ! en prenant si peu d’écus sur mon budget, si peu de jours sur mes occupations, je pourrais m’offrir tout cela ? voir les Alpes et l’Apennin, respirer la brise marine, déjeuner d’art, souper d’histoire, marcher sur du marbre, dormir sous des fresques, connaître le Tibre et l’Arno, admirer comment la vigne virgilienne s’enguirlande au tronc des mûriers, et boire en disant Si signor des vins trop doux dans des fiaschetti garnis de paille ! »