A la fin un homme de la ville, paysan des bas quartiers, qu’on appelait Le Prieur, s’impatienta. On avait bu, on avait mangé, qu’attendait-on, puisque tout le monde était là ?

— Il manque encore mon frère, dit un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans qui, depuis quelques instants, regardait avec inquiétude du côté de la porte.

— C’est vrai, il manque M. César.

— Je connaissais bien M. César, un noble, un réfractaire qui se cachait dans nos bois. Plus d’une fois il m’avait donné à boire de l’eau-de-vie dans sa gourde.

— Baste ! reprit Le Prieur, c’est un galant, il se sera attardé à pincer le menton à quelque bergère. Alors, moi je dis : — M. César ne peut pas tarder, je l’ai vu de loin, dans le vallon, après l’affaire, qui se lavait la figure et les mains à un trou d’eau. — Bien ! commençons toujours, on mettra sa part de côté.

Précisément M. Blase apparaissait sur l’escalier, suivi de deux hommes qui portaient un lourd caisson de fer. L’enthousiasme éclata à cette vue : — Vivo lou rey ! La journée était bonne… Mais quels charmants garçons ces soldats de s’être ainsi arrêtés à boire ! A quoi Le Prieur, clignant de l’œil, ajouta : — Cela me fait penser qu’il faudra réserver la part de mon cousin Pierre du Borni, il est juste que le brave homme soit indemnisé de son vin.

Tout le monde se mit à rire.

M. Blase, lui, ne riait point. Il fit verser le contenu du caisson au milieu de la table, et chacun fut étonné en voyant que tout était en pièces blanches.

— Et l’or ?… il n’y a pas d’or ?…

— Mes amis, reprit tranquillement M. Blase, nous avons à nous partager dix mille francs.