Un soir de juin, il s’en venait, longeant l’ombre des murs, par le chemin de Clarescombes. Or, en passant devant une habitation moitié ferme, moitié château, il aperçut dans un coin de la cour, au dernier soleil, sa tête fine posée sur ses pattes étendues, une chienne de race qui rêvait.

Curo-Biasso, à l’ordinaire, se tenait loin de l’habitation des hommes ; cette fois, il passa la grille fièrement.

Curo-Biasso ne déplut point trop. La chienne se leva, secoua sa fourrure blanche, s’étira un moment, toute droite, sur ses pattes couleur de feu ; puis, faisant un grand saut, elle vint frotter son museau rose sur l’échine du coureur de bois.

Un instant de plus, et il y avait mésalliance.

Le maître, en train de dévisser un Lefaucheux, descendit du perron pour chasser la bête plébéienne qui voulait encanailler son chenil… Curo-Biasso s’en alla, mais en montrant les dents. La chienne eut peur, les pintades s’enfuirent, et le paon qui du haut d’un mur regardait le soleil se coucher, s’abattit lourdement sur les tuiles d’un hangar.

Curo-Biasso revint le lendemain à la même heure ; il trouva la grille de la cour fermée et ne put caresser son amie qu’à travers les barreaux.

Il revint encore le surlendemain, puis le jour qui suivit, et ainsi pendant une semaine. Il maigrissait, il ne prenait plus goût à la chasse, c’était une pitié de le voir.

Il finit même par ne plus quitter les environs de la ferme.

Mais la patricienne avait compris : un matin elle brisa sa laisse, franchit la grille et vint trouver sur le chemin Curo-Biasso qui l’attendait. Tous deux s’enfuirent côte à côte vers le bois en se mordant au museau.

On ne les revit pas de toute la sainte journée…