M. Cougourdan, homme discret, ne se plaignit pas.
Quant à Pitalugue, ayant retrouvé le soir, dans un coin de la chambre, son billet de cent écus perdu par M. Cougourdan dans la bagarre, il en fit une allumette pour sa pipe et dit à la Zoun d’un ton pénétré :
— Vois-tu, Zoun, les anciens n’avaient pas tort ! Bonne semence n’est jamais perdue, et la terre rend toujours au centuple les bonnes manières qu’on lui fait.
Nobles et philosophiques paroles qui seront, s’il plaît au lecteur, la morale de cette histoire !
MES HIRONDELLES.
Le ciel est clair comme une perle, avril embaume sous ma fenêtre, et les cloches, revenues de Rome dans la nuit du samedi-saint, carillonnent à grandes volées… Pourtant quelque chose me manque, il me semble que ce n’est pas Pâques encore.
Je vais vous dire : il me manque mes hirondelles, et d’aussi loin que je me souviens, la première fois que les cloches m’annoncèrent le retour de Pâques, l’air sentait bon comme ce matin, j’étais dans la même chambre haute, à décliner rosa, la rose, sur la même table où j’écris aujourd’hui, et par dessus ma tête, de la fenêtre ouverte aux vieux nids maçonnés contre la grande poutre du fond, passaient et repassaient en criant les hirondelles…
J’avais ici trois nids d’hirondelles, trois nids superbes, bâtis du temps de mon grand père, il y a des siècles, et bâtis comme on ne sait plus bâtir ; trois nids antiques, féodaux ; trois nids enfin qui étaient aux pauvres nids modernes ce qu’un vieux castel de l’an 1200 est à nos misérables maisons blanches.
De temps immémorial la chambre et les nids appartenaient à la même famille d’hirondelles, qui les quittait à chaque automne, pour les retrouver intacts chaque printemps.
Un vrai fief, comme vous voyez, où seules elles avaient le droit reconnu de tous dans la maison d’aller et venir partout à leur caprice, et de faire, au besoin, subir à mes livres et à mes cahiers le sort par lequel Jéhovah voulut éprouver le vieux Tobie.