» Puis, tout près, tout près, une petite voix :
» Din, din…; din, din ; c’est moi sainte Madeleine, sainte Madeleine de Dromon-des-Vignes ; on a peint d’étoiles mon autel et les étrangers viennent de loin voir ma statue en faïence de Moustier, blanche comme la neige, avec des broderies bleues tout le long du manteau.
» Din, dan, don…; din, dan, don… Ah ! mes frères, mes enfants, mes amis de Dieu, que vous dirai-je ? Les trois cloches sonnaient encore et j’avais la tête pleine de leur bruit quand nous arrivâmes, bannière en tête, devant notre saint Man qui sonnait aussi.
» Il sonnait, mais de quelle voix triste ! Et les larmes m’en sont venues aux yeux, de voir, ô grand saint Man, ta pauvre petite chapelle abandonnée, sa vieille porte qui tremble au vent, son clocher dont la croix penche, ses vitraux brisés par où passent les hirondelles, et ses murs en ruines, pleins de lézardes, dont les lambrusques, les belles lambrusques du bon Dieu, ont grand’peine à cacher la misère !
» Je ne veux pas dire que la dévotion vous manque, mes frères ; je trouve même que vous en avez de trop, moi, qui, l’an passé, de mon argent (j’en suis encore pour beaux quatre écus !) ai dû acheter une cage en fer chez le serrurier de la ville. Vous savez bien la cage que j’ai placée autour de la statue miraculeuse, sans quoi, taillant le bois de vos couteaux, un morceau par-ci, un morceau par-là, mon saint s’en serait bientôt allé en reliques.
» Non ! la dévotion ne vous manque point ; vous êtes bons au fond, bons et pieux, mais, hélas ! l’avarice, la grande avarice vous domine.
» Dieu me préserve de mal parler de personne ; pourtant, ce qui est vrai, est vrai ; et c’est une honte à vous, une honte au pays de laisser notre saint logé de la sorte, quand on voit superbement vêtus, dorés comme des princes, et tout à fait aux honneurs du monde, un tas de saints qui ne le valent pas.
» Ah ! je n’ai pas peur de le crier bien haut : notre saint Man est un saint sans tache, net comme l’or, clair comme une perle, et qui peut marcher la tête haute, car jamais personne ne lui a jamais rien reproché.
» Qu’ils en disent autant s’ils le peuvent, continua le bon curé en s’animant, tous ces fameux saints, qui font tant leurs fiers !
» Passe pour saint Jean ! c’était un brave homme ; à moitié sauvage, par exemple, vêtu de peaux de bêtes, vivant au fond des bois comme le loup et se nourrissant de sauterelles.