Sans l’attendre, étendus sur l’herbe autour du tonnelet, les gens d’Abrosc, d’Entrays et de Dromon-des-Vignes déjeunaient.

— A votre service, monsieur le curé ! crièrent-ils quand ils virent l’abbé Ortolan paraître, et levant leurs verres tous ensemble, ils les remplissaient ensuite à plein robinet.

Le pauvre homme n’en croyait pas ses yeux : ce qu’on buvait ainsi sous les lambrusques, à deux pas du saint, c’était le vin, le vin de Dromon-le-Bas, la provision du vin sacré, ses messes de toute l’année !

— A la santé de saint Man ! hurlaient les forcenés.

— Qu’il se passe de nous puisqu’il est si grand seigneur !

Et trinquant au nez du curé :

— Vive saint Pierre, disaient-ils avec de grands éclats de rire, saint Pierre le rénégat ! vive saint Jean, patron des loups ! vive la belle Madeleine !


Peu de temps après cette aventure, j’eus occasion en courant la montagne, de passer tout près de saint Man, et comme je sentais la faim et que le soleil donnait fort, l’idée me vint d’aller manger un morceau sur l’herbe fine, à la fraîcheur de la source.