L’endroit est connu des chasseurs, bien certains, lorsqu’ils veulent faire une sieste tranquille, de ne rencontrer personne là, si ce n’est peut-être un hoche-queue, un merle de rocher qui vient boire, ou, à l’arrière saison, quelque grive en train de se griser dans les lambrusques.

Comme je m’asseyais :

— Bien le bonjour ! me cria une voix.

Je levai la tête et j’aperçus, au haut d’une échelle, au milieu des feuilles déjà rougies par l’automne, la tête réjouie du curé de Dromon-le-Haut.

— Que diable faites-vous là, monsieur Ortolan ?

— Voulez-vous m’aider ? je fais mes vendanges.

Et retroussant sa soutane pour descendre, il vint me montrer un panier déjà plus qu’à moitié plein de petits raisins noirs.

— Ma foi ! à la guerre comme à la guerre, ma provision de vin est finie, je n’ai pas le temps d’aller à la ville, et quant à en acheter ici, il n’y faut pas penser… On vous a déjà raconté l’histoire de mon sermon, fit-il en me voyant sourire, les gens d’en bas sont mauvaises langues… Ah ! la messe va me paraître dure à dire maintenant ; les lambrusques vous font un vin aigrelet !… Mais, bah ! il n’est pas mauvais de se mortifier un peu ; et puis, ajouta-t-il en riant de son bon rire, les maçons viennent ici demain, et, n’en déplaise aux envieux, mon saint Man aura sa chemise blanche.

HISTOIRES D’ERMITES.

I
L’eau de La Salette.