Personne, d'ailleurs, ne peut nous surprendre. Saladine se couche avec les poules, et M. Honnorat fait comme elle, autant par orgueil que par hygiène, afin de pouvoir se promener dans les rues avant l'aube, étonner de ses habitudes matinales les paysans qui vont aux champs.
M'a-t-on espionné? Je le crois. Un soir, quelqu'un sans doute l'ayant nuitamment descellée, j'ai senti la pierre branler et se dérober sous mes pieds. La pierre a roulé, à grand bruit, pendant que je réussissais à empoigner un balustre, et que Norette, penchée sur le vide, sans un cri, me tendait les bras.
On cause de la chose ce matin, à déjeuner. Norette et moi feignons l'ignorance. Saladine n'a rien entendu. M. Honnorat a entendu, lui! Il voulait se lever, allumer sa lanterne. Mais il s'est décidé à rester au lit, ayant réfléchi que l'an passé, au même mois, après de fortes pluies, une autre grosse pierre s'était écroulée de la sorte.
Quoi qu'en pense M. Honnorat, la pluie n'est pour rien dans l'événement.
D'abord, il n'a pas plu. Et puis Ganteaume, en train d'inspecter selon sa louable habitude, aussitôt le jour blanchissant, le pavé des rues et la poussière des routes, a surpris Galfar, flanqué de ses Piémontais inséparables, qui considérait, avec un intérêt trop vif pour n'être pas suspect, la place de la pierre tombée.
XL
LA MESSE
C'est précisément ce matin que l'abbé Sèbe doit dire sa messe annuelle pour l'âme «des deux qui sont morts».
J'y assisterai, l'ayant promis.
La cloche tinte, nous partons. M. Honnorat et Saladine vont devant. Je les suis, curieusement regardé par les gens debout sur le seuil des portes, ayant eu cette audace, avec un sourire accueillie, d'offrir le bras à Mlle Norette.
Ganteaume est absent. Depuis quelques jours on ne sait jamais où trouver Ganteaume.