Vous connaissez l’étrange récit que fait Plutarque, en son livre Des Oracles qui ont cessé.

«Le vaisseau du pilote Thamus étant un soir vers certaines îles de la mer Égée, le vent tomba tout à coup. L’équipage était bien éveillé, partie buvait, partie s’entretenait, lorsqu’on entendit une voix qui venait des îles et qui appelait Thamus. Thamus ne répondit qu’à la troisième fois, et la voix lui commanda, lorsqu’il serait entré en un certain lieu, de crier que le grand Pan était mort. On fut saisi de frayeur, on délibéra si on obéirait à la voix. Thamus conclut que s’il faisait assez de vent pour passer l’endroit indiqué, il se tairait; mais que si le vent venait à manquer, il s’acquitterait de l’ordre qu’il avait reçu. Il fut surpris d’un calme au lieu où il devait crier; il le fit; aussitôt le calme cessa et l’on entendit de tous côtés des plaintes et des gémissements comme d’un grand nombre de personnes affligées et surprises.»

Eh bien, non! malgré Thamus et Plutarque, et malgré cette belle histoire qui, au dire de Rabelais, tirait des œilz de Pantagruel, larmes grosses comme œufz d’austruche, non, le grand Pan n’était pas mort. J’en sais quelque chose—moi qui vous parle—ayant eu cette joie, en pleine Provence catholique et dix-huit siècles après Tibère Cæsar, d’offrir au dieu un sacrifice sur son autel rustique et toujours vénéré.

Je me hâte d’ajouter qu’à l’exemple de la Minerve des Païens innocents, se cachant en robe de bienheureuse sous les oliviers du Minervois, mon pauvre chèvre-pieds, quand je le découvris, dissimulait ses cornes sous une auréole, et en était réduit à l’humble état de saint de campagne.

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Le singulier saint que Saint Pansi, et quel joyeux pèlerinage!

Pour arriver à sa chapelle, on montait au soleil, des heures et des heures, par un sentier tracé des chèvres et que chaque orage effaçait. Aussi parfois le perdions-nous, ce chemin sacré, dans les galets des torrents à sec et parmi les pierrailles des pentes. Alors le cortége s’arrêtait; les garçons embrassaient les filles, et c’était une joie, des rires! Mais le sentier se retrouvait bientôt, visible à peine et rayant d’un mince trait l’escarpement des ravines, ou marqué largement, sur un plus fidèle terrain, au travers des sauges en fleur, des marjolaines et des buis.

Puis à un tournant, dans une échappée, entre la roche aride de Peyrimpi et la croupe de Lure neigeuse et sombre, un monticule apparaissait, et sur le monticule, tout au bout, reluisant comme un éclat de vitre au soleil, la chapelle blanche de San-Pansi.