—Que diantre! se dit-il, fait mon ami Sube à cette heure gesticulant ainsi au milieu d’un champ de sainfoin?

—«Hé! Sube! Sube! Monsieur Sube!!!» A cet appel, les lierres du Clos s’agitèrent, un moineau qui buvait à la fontaine s’envola, mais ni Sube ni M. Sube ne répondirent.

Alors, M. Tirse descendit au Clos où M. Sube se promenait toujours.

Arrivé à quatre pas de M. Sube, M. Tirse s’arrêta dans le sainfoin:—«Bien le bonjour, Sube!» dit-il. Sube regarda son ami, mais n’eut pas l’air de le reconnaître. Interloqué, M. Tirse s’inclina; puis, saisissant son feutre gris par le haut de la forme, il le souleva perpendiculairement au-dessus de sa tête, de toute la longueur du bras, et le laissa retomber en place d’après les lois ordinaires de la pesanteur. C’était là sa manière de saluer.

M. Sube, hélas! resta insensible à cette politesse.

Tête nue au soleil et sans plus regarder M. Tirse, M. Sube foulait à grands pas son sainfoin. Brindilles vertes et fleurs violettes s’écartaient à chaque enjambée, et chaque fois, une nuée d’abeilles en colère, jaunes de pollen, ivres de miel et de lumière, s’enlevaient et tourbillonnaient autour de la tête de l’importun.

Et M. Sube soupirait:

—«Vade retro!... Vade retro!... Les entendez-vous qui bourdonnent?... Elles me réclament leur clos... Ce sont les âmes du purgatoire!»

M. Tirse pleura sur son ami. D’un coup de soleil printanier compliqué de monomanie religieuse, le propriétaire du clos des Ames, M. Sube, était devenu fou.

LA MORT DE PAN
A HIPPOLYTE BABOU.