VIII
PEINTURES MURALES

Fabien avait besoin d’un prétexte à ne pas quitter les Antibes.

La peinture le lui offrit.

Son naufrage, les aventures extraordinaires qu’il s’était données, celles plus extraordinaires encore qu’on lui soupçonnait, avaient fait du peintre navigateur l’idole des capitaines. Leur enthousiasme ne connut plus de bornes lorsqu’il proposa de décorer à l’huile, et gratis, de quelques sujets maritimes, l’intérieur du Bigorneau.

Le Bigorneau était bien un peu noir, éclairé seulement par l’œil de chat des hublots; mais on y voyait, la porte ouverte. Et puis, à force de chercher la Méditerranée bleue, Fabien avait découvert que le Midi est blanc, que le ciel y est d’argent, les ombres mêmes transparentes, ce qui lui permettrait, sans faillir à l’art, de faire ses décorations très-claires et visibles encore au demi-jour.

Fabien s’installa donc au Bigorneau, fermé pour tous jusqu’à nouvel ordre; au Bigorneau, si près d’Antibes et plus près encore de la petite villa barbouillée d’ocre, où souriait parfois à une fenêtre du rez-de-chaussée, dans les pompons odorants des cassiers, l’aimable Cyprienne Lancelevée! et, le cœur plein d’amour, il se mit à l’œuvre, mais d’une telle ardeur que ses pinceaux et sa palette durent en être fort étonnés.

Sur la paroi du fond, au milieu d’un encadrement fait de câbles enroulés, d’ancres, de rames, de tridents, de porte-voix et de longues-vues, il peignit en six médaillons les portraits des six capitaines:

Lancelevée, la main étendue dans l’attitude du commandement;

Escragnol, appuyé sur une langouste;

Varangod, souriant et doux;