Arluc, agité de sa perpétuelle tempête;

Barbe, perdu dans un rêve qui devait être peuplé d’oursins.

Tous regardant la mer et peints de face; mais de trois quarts seulement l’aigre figure du peu sympathique Saint-Aygous.

A droite et à gauche, dans quatre panneaux, Fabien, d’un pinceau que l’amour guidait, brossa ce que nous appellerons l’épopée du Bigorneau et de la Castagnore.

D’abord l’îlette déserte et nue, des rochers tranchants, sans verdure, que hantent seuls le poulpe et le crabe pelous; un ciel bas, la lame blanchissant aux pointes; et calmes, en silhouette sur l’horizon marin, les six capitaines réfléchissaient aux destins de cette terre par eux conquise.

En face, la même îlette, mais joyeuse sous un ciel joyeux; l’îlette avec son port, son Bigorneau, telle que l’avait faite le génie des six capitaines. Les six capitaines se félicitaient. Dans le lointain apparaissait Antibes, Antibes dont le Bigorneau n’est que la miniature et qui, par une flatterie de la perspective, semblait lui-même être la miniature du Bigorneau.

Dans les troisième et quatrième panneaux furent représentées à l’avance, mais on ne risquait rien à cela, les futures prouesses de la Castagnore: En mer, pavillon au vent, couverte d’écume et fendant les flots en fureur sous l’irrésistible impulsion des six capitaines, tandis que les gabians, de leurs ailes blanches, rasent l’eau, et que les navires voiliers effrayés rentrent au port, à sec de toile; puis amarrée dans une calanque, le repos après la tempête! avec quatre capitaines pêchant, et deux autres, Barbe et Arluc, en train de préparer la bouillabaisse.

Restait la porte: Fabien l’entoura de poissons argentés et d’algues vertes. Mais au-dessus, dans le trumeau vide, qui peindre? sinon la joie du lieu, la bien-aimée de tous, l’adorable mademoiselle Cyprienne.

Ce fut le plus charmant et le plus long aussi de l’ouvrage. Fabien avait fait le reste en quelques jours, ce seul portrait lui prit un aussi long temps que tout le reste. Que voulez-vous? il y avait une telle variété de tons sur cette peau transparente et brune, toujours prête à rougir; de tels jeux de lumière dans ces cheveux noirs dorés par places, tant de paillettes dans ces yeux bleu sombre; et, sur ces lèvres méridionales, tant de façons diverses de sourire, qu’il fallait bien choisir, comparer...

La porte ouverte laissait voir la mer; sous les courges en fleur, le bon Lancelevée fumait sa pipe; mademoiselle Cyprienne, tout en posant, brodait; Fabien peignait, peignait, peignait, et les heures s’écoulaient délicieuses.