Au même moment, un son de trompe retentissait en guise de salut, et, gracieusement incliné sous sa voile latine, un petit yacht, que nous connaissons, rompant la ligne des bateaux rangés déjà, venait jeter l’ancre devant le musoir du Bigorneau.
—Les pirates! cria la foule.
—Le Singe-Rouge! soupira Fabien; et, voyant à l’arrière une silhouette de femme, le peintre ajouta:
—Tout est perdu encore, les gredins me ramènent Brin-de-Bouleau.
Mais ce n’était pas Brin-de-Bouleau que Trébaste et Miravail ramenaient. Brin-de-Bouleau, dans la petite crique toute frissonnante de tamaris et toute embaumée de fenouils, Brin-de-Bouleau avait causé avec Cyprienne, et Cyprienne l’avait trouvée charmante.
Brin-de-Bouleau avait dit à Cyprienne:
—Mariez-vous avec Fabien, ça m’est égal si je dois garder Saint-Aygous.
Puis elle avait ajouté:
—Les demoiselles comme vous, mademoiselle, en veulent à celles comme moi; on pourrait pourtant s’arranger; vous aimeriez les gens d’esprit et nous laisseriez les imbéciles.
Brave Brin-de-Bouleau! A ce moment évadée de Saint-Honorat, elle posait son petit talon nu sur le sable de la Croisette; Saint-Aygous, aussi ingénieux que volage, lui ayant trouvé un moyen de quitter l’île, sinon à pied, du moins sans mal de mer.