Grâce à ces messieurs du quatuor, le bruit de mon bonheur avait déjà couru tout Canteperdrix; mes bons parents en pleuraient de joie; les libéraux approuvaient M. Cabridens; les vieux partis, sur la place du Cimetière Vieux, levaient en l’air, d’indignation, leurs cannes à bec de corbin, et les gens bien informés se racontaient dans l’oreille que la comédienne du Bras-d’Or était tout simplement ma maîtresse, venue de Paris exprès pour rompre le mariage, mais qu’elle était immédiatement repartie, en le voyant conclu malgré ses efforts.

XXIX
CET IMBÉCILE DE NIVOULAS

Je trouvai chez moi un mot de Roset:

Au bout d’un jour, à ce qu’il paraît, Nivoulas l’ennuyait déjà; alors, elle avait eu regret de ses torts, et s’était mise en route pour retrouver Jean-des-Figues.

La nouvelle du mariage apprise en arrivant, venait de lui porter un coup. Mais elle ne m’en voulait pas, Reine étant belle.

«Quant à moi, continuait-elle, j’ai failli rester en gage au Bras-d’Or, malgré mon envie de repartir. J’étais si sûre de te ramener! Je n’avais pris que juste l’argent du voyage. Heureusement, cet imbécile de Nivoulas, qui me poursuivait avec l’intention de me tuer dans tes bras, est arrivé à temps pour payer la note.

«Mais ne sois pas jaloux de lui; je l’ai en horreur, il m’aime trop, et le pauvre garçon aura fait un triste voyage...»

Puis en manière de post-scriptum:

«Décidément, ce Nivoulas m’obsède, mais j’ai mon idée. J’ai rencontré, ce matin, mon premier mari, Janan, toujours noir comme un Maure, et depuis il rôde autour de l’hôtel. Si je me mettais en ménage moi aussi! Ce serait drôle, n’est-ce pas, Jean-des-Figues?»

Au-dessous du mot «drôle», près de la signature, il y avait une petite tache pâle, une larme, en forme de poire de bon chrétien.