—O Providence! m’écriai-je.
Roset me supplia d’abréger mes exclamations. Le cher fantôme avait grand’faim, chose positivement excusable, car j’appris que depuis trois jours, à peine rétablie, elle courait le pays sur un âne volé, fuyant son mari bohémien.
Nous avions du pain, l’eau de la source et des figues mûres à point.
Roset trouva tout excellent. Je lui dis alors mes folies, l’idée que je m’étais faite de sa mort, et la joie que j’avais de la voir d’un si bel appétit manger des figues sur sa propre tombe.
Cette idée l’égaya beaucoup:
—Mais ton substitut est aussi fou que toi!... Croit-il donc qu’il n’y ait plus de gendarmes?... Enterrée là!... C’était bon peut-être du temps du roi René...
Puis, regardant autour d’elle avec attention et prise subitement d’un fou rire:
—C’est bien ici, ma foi!... Ah! Jean-des-Figues, quelle aventure!... Je comprends maintenant que Balthazar m’ait amené tout droit... il venait en pèlerinage... Oui, c’est ici, je me reconnais, c’est bien ici que nous l’enterrâmes.
—Et qui, qui enterrâtes-vous? m’écriai-je, sentant toute ma folie me reprendre.
—Qui?... attends un peu, laisse-moi le temps de rire... Eh! parbleu, l’ami, l’inséparable de Balthazar, ils se ressemblaient comme deux vieux pauvres! un petit âne gris pas plus haut que ça...