—Blanquet?

—Précisément. Tiens, tu sais son nom? Figure-toi, Jean-des-Figues, que lorsque nous nous en allions par les chemins de traverse, le lendemain de ta visite à la caravane, Blanquet arrivé ici devant, ne voulut plus avancer. Janan s’étant mis dans une affreuse colère, l’éventra d’un coup de pied, et nous l’enterrâmes sur place pour obéir aux règlements de police.

—Brave!... brave Blanquet! fis-je en essuyant une larme, tandis que Balthazar me regardait d’un air ému; brave Blanquet, enterré là!

Mais Roset se reprenant à rire:

—Préférerais-tu que ce fût moi?

—Oh! non, Roset, car maintenant je sais que je t’aime.

—Enfin! s’écria-t-elle en mordant à même une figue. Il est bien heureux pourtant que je sois morte, sans cela, Jean-des-Figues, tu ne t’en serais jamais aperçu.

Roset avait raison: alors seulement, pour la première fois de ma vie, je compris combien je l’aimais. Et mon bonheur en vain poursuivi jusque-là, eût été le plus complet du monde, si au milieu de notre ivresse je n’avais entrevu, symbole touchant de l’instabilité de toute affection terrestre! ce bon Balthazar qui, la première émotion passée, s’était mis, sans remords, à brouter un chardon superbe poussé sur la tombe de son ami.