LE TOR D’ENTRAŸS
A FERDINAND FARRE

I
BON COURAGE, BALANDRAN!

Le soleil tombait et les rainettes avaient commencé leur chanson du soir, lorsque l’abbé Mistre et Pierre Balandran se rencontrèrent dans le chemin étroit et naturellement ferré de cailloux qui va de Canteperdrix au château d’Entrays. L’abbé Mistre était abbé, et, par occasion, marchand de biens. Balandran, cordonnier comme son père, s’était, par goût des champs, jeté dans les exploitations agricoles. L’abbé Mistre était maigre et long, Pierre Balandran gras et court. L’abbé montait au château d’Entrays, Balandran descendait à la ville. L’abbé, tout guilleret, tenait sous le bras son bréviaire, plus un rouleau de plans et d’actes qui ne le quittait jamais. Balandran, suant et rendu, pauvre Balandran! portait en travers du cou une pioche, et sur le dos un sac de pois secs. Balandran blêmit en voyant l’abbé Mistre, l’abbé Mistre eut un bon sourire:

—Bien le bonjour, monsieur l’abbé.

—Bonjour, Balandran, bonjour! Mais, sartibois! te voilà chargé; c’est ta récolte que tu portes?

—Des pois, monsieur l’abbé, tout ce que j’ai eu! répondit Balandran d’un air piteux en faisant sonner ses quinze poignées de pois secs au fond du bissac de toile grise.

Mais l’abbé Mistre ne voulut pas voir la mine affligée du pauvre homme.

—La culture, c’est le diable, monsieur l’abbé; jamais on ne saura ce que j’ai enterré d’argent dans ce malheureux coin du plan d’Entrays!