—Ça te profitera, Balandran.

—Dieu vous entende, monsieur l’abbé!... Quand vous m’avez vendu la parcelle, je croyais cependant avoir bien établi mon compte: tant pour le premier payement, quelques écus pour défricher et mettre en état, les petits bénéfices de ma boutique, ce que j’épargnerais en café, en goûters d’auberge... et, tout calculé, je me voyais déjà le maître d’un joli bastidon, avec un bout de treille et un petit champ autour, où je pourrais aller, mon carnier me battant le dos, et un col de bouteille dépassant, crapauder un peu le dimanche.

—Païen de Balandran!

—Merci, monsieur l’abbé... Seulement, s’il faut tout vous dire, j’avais eu le tort de compter sur la récolte... La récolte n’arrive guère... Nous ne savons pas, nous autres artisans, faire suer la terre comme ceux de la Coste et des bas quartiers... Et, puisque voici l’échéance du quinze... si vous vouliez...

—Déjà six heures! s’écria l’abbé en regardant à sa montre que décorait une belle clef en variolithe; déjà six heures, adieu, Balandran!

—Monsieur l’abbé!...

—Adieu, Balandran, et bon courage!

Et monsieur l’abbé, d’un pas alerte, malgré les cailloux ronds et la montée, repartit vers le château d’Entrays dont on apercevait le colombier. Balandran, lui, tourna du côté de Canteperdrix, furieux, harassé quoiqu’il ne portât pas grand’chose, et grommelant entre ses dents:—Bon courage! c’est facile à dire; le tonnerre l’enlève avec son bon courage!

II
BALANDRAN RENCONTRE UN VIEUX QUI LAVE SES GUÊTRES

Sur le chemin qui coupe en biais la tranche quasi perpendiculaire du plateau d’Entrays, à mi-hauteur, dans un fouillis de buis et de chêneaux, une grande source sort des roches. Un âne buvait à cette source, et un vieux paysan sec et tanné, que le temps avait fait couleur de terre, y lavait ses guêtres soigneusement.