Une mascarade, un triomphe !
Par un jour pareil à celui-ci, nous jouions près du Portail Peint, heureux de la neige et du froid qui faisaient la campagne blanche, mettaient des pompons aux buissons, et des barbes d’argent aux lions en bronze de la Grand’Fontaine.
Tout à coup un vacarme s’éleva : abois de chiens et bruit de roues. C’était Charlot, l’Écorche-rosses, qui passait sous la voûte avec son hideux chariot.
Charlot, dans son costume de travail, le coutelas à la ceinture, les bras retroussés jusqu’aux coudes, allait rendre hommage au vieux marquis.
Fier de sa musique de chiens renforcée pour la circonstance d’une douzaine de polissons soufflant, à s’en faire jaillir les yeux, dans ces énormes conques marines, qui remplacent chez nous les cornets à bouquins, Charlot menait son âne velu par la bride, tandis que, dans le chariot, assise sur une planche posée en travers, Carline triste et jolie comme toujours, tenait un panier de poissons et une balance.
Des gens suivaient, nous les suivîmes. Qu’allait dire le vieux marquis ?
Le marquis ne se fâcha point.
Debout, tout en haut du perron, et la main sur sa grande canne :
— Sartibois ! Charlot ! s’écria-t-il, tu exagères le respect, et rien, certes, ne t’obligeait d’apporter le poisson en si magnifique équipage.
Puis il fit un signe à Carline d’approcher, — Carline toute rouge avec son panier et ses balances ! — Il lui donna une piécette blanche et paternellement l’embrassa.