Le vent ayant soufflé longtemps, les chemins des bois, quand vint le matin, se trouvèrent jonchés de branches mortes, et aussi, par endroits, de brins de gui arrachés à ces boules d’épaisses verdures qui apparaissent en automne, au sommet des arbres sans feuilles, tout pareils à des nids de pie.
Deux femmes étaient dans le bois : l’une vieille, si vieille que la peau crevassée de son visage et de ses mains semblait rude comme une écorce ; l’autre jeune et si belle que rien en cette saison ne pouvait donner l’idée d’une telle beauté, puisqu’il n’y avait plus dans l’herbe transie ni muguets, dont la blancheur se comparât à celle de son teint, ni pervenches couleur de ses yeux.
La vieille faisait un fagot pour chauffer sa cabane et cuire son dîner.
La jeune, en manière de distraction, ramassait et nouait d’un ruban le gui qui était par terre.
Donc, il arriva que, l’une musant, l’autre fagotant, toutes les deux se rencontrèrent juste au carrefour des Ermites, près du grand bloc de grès, au milieu duquel, à la place d’une croix tombée, on voit maintenant un trou toujours rempli d’eau où les oisillons viennent boire.
— Pour du beau gui, v’là du bien beau gui, s’écria la vieille. Eh ! donc, seigneur mon Dieu ! qu’allez-vous donc faire de tout ce gui ?
La jeune hésitait à répondre : car, avec ses haillons, son regard malin, la vieille au fagot lui avait tout d’abord fait l’effet de quelque sorcière. Mais ces haillons étaient si propres, et à cette malice se mêlait visiblement tant de bonté, qu’ayant pris confiance :
— Voici, dit-elle, ce dont il s’agit. Je suis Guillaumette, la fille de maître Guillaume qui a sa ferme là-bas, par delà le pont quand on va au village, à l’endroit où la route tourne…
— Riche maison, da ! riche et bénie : quiconque est pauvre la connaît, depuis le temps qu’on y fait l’aumône.
— Or, écoutez, ma bonne vieille, et, puisque l’occasion s’en trouve, ne me refusez pas un conseil… Il y a quelqu’un que j’aime et qui m’a promis mariage. Lui m’aime bien aussi ; pourtant il ne se presse guère. Alors, ce matin, voyant sur l’herbe et sur la mousse tant de beau gui à l’abandon, l’idée m’est venue d’en nouer un bouquet que, le soir de Noël, sans que personne en sache rien, je suspendrai à notre porte. Comme mon fiancé doit être de la fête et me conduire à la messe de minuit, nous passerons dessous ensemble. Quand on passe ensemble sous le gui, vous savez que l’amour se double et qu’on se marie dans l’année.