— Je sais, je sais, marmotait la vieille ; mais nous ne sommes pas à Noël, il s’en manque de deux bons mois.
— Qu’importe ? J’aurai provision faite. Le gui se garde pendant des années, d’ici à deux mois il ne flétrira point.
La vieille s’était mise à rire :
— Pour du beau gui, v’là du bien beau gui, bien fleuri, bien branchu, la feuille épaisse, rousse comme l’or… Seulement peut-être un peu jeunet ! Ses graines sont vertes encore… Faut pas cueillir le gui trop tôt, ni prendre celui que le vent casse… Pour que le gui soit bon et porte chance aux amoureux, il doit avoir subi l’hiver, enduré froidure et gelée, et tenir à l’arbre si fort qu’en l’arrachant l’écorce vienne… La jeunesse ne le croit point ! N’empêche qu’il y a gui et gui, comme il y a amour et amour.
Guillaumette était déjà loin, mais la vieille répétait quand même, tout en rechargeant son fagot :
— Pour du beau gui, v’là du beau gui ! N’empêche qu’il y a gui et gui.
L’année suivante, au même endroit, près de la croix tombée du carrefour des Ermites, la vieille chercheuse de bois mort et Guillaumette se rencontrèrent encore.
Ce n’était plus, comme l’autre fois, en automne, mais la veille même de Noël.
L’herbe gelée craquait sous le pied, du givre luisant pendait aux arbres, et de gros tas de neige restaient sur le bord des chemins aux endroits où le soleil manque.
La vieille, peut-être à cause de la neige, n’avait pas fagoté ce jour-là. Sa serpe à la main, elle rapportait, non sans peine, un grand faix de gui frais cueilli. Elle reconnut Guillaumette et s’aperçut qu’elle pleurait.