— Pourtant vous pleurez.

— Je pleure mon affront, mais on n’aime que qui vous aime.

— Dans ce cas, fit la vieille en riant, méfions-nous, belle Guillaumette ! Je sais quelqu’un…

— Quelqu’un ?

— Oui ! quelqu’un — pour vieille qu’on soit on a de bons yeux — quelqu’un qui depuis longtemps vous aime, bien que vous n’ayez guère jamais daigné y prendre garde, et qui continue à vous aimer sans s’inquiéter si votre dot s’en est allée à la rivière.

Le fils du voisin, — pourquoi donc rougir, Guillaumette ? — ne doit-il pas ce soir faire la Noël chez vous ? Tâchez, pour voir si le cœur vous en dit, que ce soit lui le galant qui, à minuit, vous mène à la messe.

— Alors, soupirait Guillaumette, pour le cas où le cœur m’en dirait, peut-être feriez-vous bien de me vendre un brin ou deux de votre gui ?

— Les voilà, ma belle : roux comme l’or, avec des grains en chapelet plus clairs et plus blancs que des perles blanches… Du beau gui bien net, bien franc, qui ne trompe pas. Car, voyez-vous, ce gui-là a subi l’hiver, enduré froidure et gelée, et n’est pas tombé au premier vent… Mais gardez vos sous, Guillaumette : mon gui, aujourd’hui, n’est pas à vendre ; il appartient au fils du voisin qui, dès hier, me l’a retenu.

Et, railleuse, tout en détachant deux brins choisis, la bonne vieille murmurait :

— Je vous l’avais dit, Guillaumette ; il y a gui et gui, comme il y a amour et amour !