Puis elle s’endormit, les poings fermés, tandis que le chat d’un bond silencieux regagnait son gîte dans les cendres.
Et moi, je disais au bon curé :
« Les enfants y voient clair parfois et prophétisent à leur manière. Êtes-vous sûr, au fond, que le loup n’ait pas mangé Jésus ? Jésus apportait la paix sur terre, et plus que jamais on se bat. Jésus voulait supprimer la misère, et toujours la misère règne ! Simonette a raison, monsieur le curé, et le loup mangea Petit Jésus, ce qui explique bien des choses. »
LES PAQUES DE SYLVANIE
Mon oncle, curé des Trois-Tours, chez qui on m’avait mis pour apprendre un peu de latin, me dit ce soir-là :
— Écoute, Jacques, demain tu me serviras la messe à la première heure, et puis nous monterons, avec le bon Dieu, jusqu’à Météline. Nous voici au jeudi d’après Pâques ; il ne faut pas que la semaine se passe sans que le vieil Homobon ait communié.
Ce vieil Homobon de Météline était un homme à la mode des anciens temps qui m’avait toujours inspiré un grand respect lorsqu’il descendait au village, les jours de foire ou les dimanches, avec son costume tout de cadis blanc ; ses hautes guêtres se bouclant aux genoux ; sa culotte à pont fermée par un bouton en buis de la grosseur d’une belle noix ; son habit à la française sur le collet duquel frétillait, nouée d’un ruban, une queue ; et son énorme chapeau monté, pareil, sauf les galons, à celui des gendarmes.
Mais depuis bientôt quatre ans, à cause des mauvais chemins et de son grand âge, le vieil Homobon ne descendait plus ; et depuis quatre ans, pendant la semaine pascale, mon oncle allait dans la montagne porter la communion au doyen de ses paroissiens.
Le discours de l’abbé me fit grand plaisir. Porter ainsi, par ces premiers jours de printemps, la communion dans la montagne constituait pour moi la meilleure des écoles buissonnières : une école buissonnière sans inquiétude ni remords.
La montée n’était pas bien gaie ; il y a toujours un peu de gêne quand on a le bon Dieu avec soi, enfermé dans une petite boîte. Défense absolue de causer. Mon oncle marmottait des paroles latines, et moi, tant bien que mal j’ânonnais les répons, regardant à droite et à gauche, oubliant de faire tinter ma sonnette quand nous rencontrions des paysans, et m’attardant à toutes sortes de distractions coupables provoquées par un buisson sur lequel des chardonnerets s’abattent, un mur de pierres sèches où des lézards courent, une pente de gazon où il serait doux de se rouler.