Dieu et saint Pierre marchaient toujours. Or, à mesure qu’ils marchaient, les pentes arides se revêtaient de fraîches fleurs et de beaux arbres, avec des sources de toutes parts jaillissantes où damnés et damnées, par troupes, venaient apaiser leur longue soif. Quel bonheur, quels transports de joie ! Repentants, les avares jetaient leur or ; les meurtriers cachaient sous des buissons de roses leurs armes ensanglantées ; les victimes d’amour, vol gémissant de colombes blessées ! cessaient enfin de désespérer, connaissant l’amour véritable ; et Satan, farouche sur son trône, s’étonnait de sentir fondre en son cœur son orgueil et sa vieille haine à l’approche de Celui qui est toute bonté.
Mais saint Pierre n’était pas content. Le rude pêcheur de Galilée, le gardien des clefs et du dogme, trouvait irrégulier ce répit, et condamnable cette atténuation à des tortures déclarées éternelles.
Dieu, qui sait tout, le devina :
— Pierre, à quoi songes-tu ?
— Je songe à ceci que Dieu se déjuge, et que, sans tarder, il nous faut tous les deux sortir d’ici, pour que de nouveau, à la place des sources fraîches le bitume enflammé jaillisse, pour que de nouveau le feu ronfle sous les chaudières, et que, de nouveau, et pour toujours, recommence l’expiation.
— Tu as raison, Pierre, mais il est trop tard : maintenant ces âmes ont vu Dieu, ces âmes se sont repenties.
Et, souriant dans sa grande barbe, le Père Éternel ajouta :
— Gronde-moi, Pierre, gronde-moi, j’avoue qu’en descendant ici, j’ai commis une irréparable imprudence.
Pierre insistait, et je m’aperçus à ce moment qu’il ressemblait, mais là trait pour trait, au méchant petit moine prêcheur de Passion.
— Nous allons faire un affreux scandale ! Que diront, en apprenant ce qui s’est passé, les docteurs de la Loi, les Pères de l’Église ?