— Tu vas remonter au plus vite et les réunir tous en grand concile, les anciens et les nouveaux, ceux des Catacombes et ceux de la Rome papale, robes de bure et robes de pourpre, houlettes de bois et crosses d’or. Tu t’expliqueras avec eux. Moi, je ne puis, en conscience, sortir d’ici tant que les peines éternelles n’auront pas été abolies.
Puis, s’étant assis et bénissant, les bras étendus dans son manteau bleu, l’innombrable foule qui versait des larmes, il dit encore :
— Quiconque a vu Dieu et se repent, ne peut pas ne pas être pardonné !
Là-dessus, je me réveillai. Un vieux curé ami de la famille, à qui je racontai la chose, se fâcha tout rouge et me prédit après ma mort, au fond d’un enfer où Dieu ne descendrait pas, la chape de plomb des hérésiarques. Rien n’y fit : parfait croyant pour tout le reste, jusqu’à l’heure où l’on ne croit plus guère, mais hélas ! hérétique sur ce seul point, je gardai toujours une idée vague qu’il n’y a pas de flammes éternelles, et qu’un jour, que saint Pierre le veuille ou non, Dieu pardonnerait, s’il lui plaît, comme dans mon rêve.
CONTE D’AUTOMNE
Rien n’est plus beau qu’un bel automne, saison justement préférée des peintres et des poètes qui l’aiment, les uns à cause des teintes pourprées dont octobre décore le front des bois ; les autres, à cause du sentiment de délicate mélancolie qu’évoque ce dernier sourire de l’année.
Mélancolie d’ailleurs sans tristesse et nuancée de vive espérance ! Car, à l’idée de la froide mort hivernale, se mêle, consolante, celle d’une prochaine résurrection, comme si derrière décembre qui s’avance sous les branches chargées de frimas, parmi les herbes flétries, déjà l’on devinait à l’horizon lointain avril inquiet et couronné de fleurs nouvelles.
Mais ceci dépend un peu de la disposition et de l’heure.
D’autres fois ce dur vent qui souffle, ces feuilles desséchées qui tombent, innombrables et vaines comme nos jours, disent au cœur sévèrement la fragilité de toutes choses.
On voulait écrire quelque conte couleur de rose, et soudain un chien qui hurle, une cloche qui tinte, le bruit des rafales courant sur la plaine, vous ramènent aux pensers tristes et vous rappellent qu’avant une semaine ce sera la Fête des Morts.