Silence ! Je guette mon cimeau, César le sien. La bise souffle, les appeaux appellent, la rivière gronde au lointain. Dans l’étroite ouverture par où je regarde, un grand paysage s’encadre : arbres, maisons blanches, rochers ; et ce serait délicieux sans l’obligation de mettre à mort l’infortuné pinson qui vient — tenez ! de se poser là, bien en face, tout en haut de la branche morte, et qui, noir sous le bleu du ciel, ressemble à une feuille qui chanterait.
Car on les tue, pinsons et linots, on les tue par douzaines. Quelquefois, en tombant, le petit cadavre s’embroche à la tige d’un chaume aigu.
Pour mon compte, s’il faut tout dire : Madame, je n’en tuai jamais.
Et même, depuis quelques jours, j’empêche que l’ami César n’en tue.
L’ami César, parfait chasseur, a pourtant cette déplorable habitude de murmurer : — « N’en véla qui maï un !… » en visant, à chaque fois qu’un oisillon vient se percher sur son cimeau. Quand j’entends cela, brusquement, par l’embrasure qui m’est dévolue, pan ! je tire. Le bruit de mon coup inutile effraie la pièce visée par César, et j’ai le plaisir de la chasse sans m’exposer à aucun remords.
César me disait l’autre jour :
— « Je ne tue plus rien, coquin de sort ! Je ne sais pas si c’est un hasard, mais vous tirez toujours juste au moment où j’ai le doigt sur la gâchette, et ça fait partir mon gibier… »
Évidemment César se méfie.
Il ne m’attend plus au départ, il m’accueille sans enthousiasme, et je crains bien qu’un de ces matins, — malgré notre vieille amitié, — il ne m’interdise le seuil sacré du poste.
N’importe ! Ma conscience est tranquille.