Installation pittoresque et simple : une cabanette en planches, au milieu des champs, à l’abri de l’œil des humains, et masquée par quelques branches de chêne dont le feuillage couleur de vieil or frissonne dans le vent avec un bruit sec et métallique.

De chaque côté de la cabane, deux arbres morts qui sont les cimeaux.

A l’intérieur, suspendues à des clous et rangées en manière de corniche, une série de cages étroites dans lesquelles vivent prisonniers les appeaux.

La cabane a des créneaux comme une forteresse.

Le premier travail est de disposer les cages par terre, dans l’herbe gelée, au pied des cimeaux.

Notre collection d’oisillons dressés est complète et l’ami César se montre fier de ses appeaux plus qu’un grand seigneur de sa meute. Quelques-uns, des ténors ! lui coûtent vingt et trente francs.

Voici le pinson solitaire ; le pinson gavot, à bec jaune, au plumage finement teinté ; la passe, une bouchée exquise, que le profane prendrait pour un gros moineau ; le linot, tout gris ; le verdier, en habit vert liséré de jaune ; le tchi ortolan ; le tchi buissonnier, superbe avec sa longue queue ; le tchi-moustache, à qui une raie noire, descendant de l’œil jusqu’au cou, donne une physionomie guerrière ; et enfin le grasset, l’incomparable grasset ! un oiseau tout en or dont le costume resplendissant semble déceler les intimes succulences. Pas de chardonneret, par exemple ! l’ami César a le cœur sensible : il fait grâce aux chardonnerets.

Dès qu’ils se sentent à l’air libre, dès qu’ils aperçoivent un bout de ciel à travers les barreaux d’osier de la prison, les malheureux captifs gazouillent. Est-ce un chant ou bien une plainte ? Les deux, peut-être ! Mais leurs frères des bois, leurs frères des vallons les entendent, et, attirés par une mystérieuse sympathie, ils viennent, gazouillant, causant, répondant, se poser auprès d’eux, le plus près possible, sur les cimeaux.

Alors, bien tranquille dans sa cabane, assis, le canon de fusil appuyé sur l’embrasure, mon chasseur prend son temps et les mitraille.

Mais l’heure marche, enfermons-nous. Quelques gouttes sont tombées hier, et les oiseaux pressés de quitter la feuillée humide vont descendre en plaine.