En hiver, c’est mieux. On les cueille à point, recroquevillés derrière une mince membrane, et prêts à chanter au fond de la casserole sans même qu’il soit nécessaire de les laisser jeûner.

Pour en trouver autant qu’on veut, on n’a qu’à démolir le mur en pierre sèche du voisin. Pas de vains scrupules. Le voisin certainement vous rendra la pareille au courant de la saison, et vous mettrez tous deux ces éboulements sur le compte du gel et du dégel.

Cette idée d’escargots mangés en hiver reste poétiquement liée à un de mes plus doux souvenirs, à une de mes plus pénétrantes impressions d’enfance.

Mis en gaieté par un jour de beau soleil, d’air vif et de neige craquante, nous avions, un ami et moi, déserté l’école, bien résolus à ne pas rentrer jusqu’au soir.

Vers les deux heures, la faim nous prit. Le déjeuner était loin déjà, et nous n’avions trouvé à mettre sous la dent qu’une pomme prise dans la glace sur le bord d’un ruisseau gelé.

Inquiet et le cœur gros d’entendre les oisillons qui pépiaient gaiement en cherchant leur vie dans les arbres, déjà je songeais à la retraite. Mais mon ami, garçon hardi avec des instincts de Peau-Rouge, ne s’effrayait pas pour si peu. Il ne voulait pas se rendre encore. Il réfléchissait, espérait…

Tout à coup, me montrant une fumée à l’horizon :

— « Nous sommes sauvés. En avant ! Je crois que le vieux Marc est en train de brûler sa haie. »

En effet, le vieux Marc avait mis le feu à un amas de ronces couronnant le petit mur qui soutenait son champ, et il attisait le brasier avec une fourche. C’est le procédé que nos paysans emploient pour maintenir les haies à bonne hauteur.

Quand il ne resta plus rien, le vieux Marc s’en alla, et mon ami dit :