L’escargot fait la joie des bastidons, des cabanons, villas minuscules, paradis rôtis du soleil, sans lesquels l’homme de là-bas ne saurait vivre.
Qu’une fraîche ondée tombe du ciel et lave la poussière des feuillages, aussitôt un cri retentit :
— « L’escargot a montré ses cornes ! »
Et les populations se répandent dans les vignes.
Sur la terre détrempée, le long des souches ruisselantes, femmes, enfants, vieillards, les hommes et les demi-hommes ramassent les escargots à pleins paniers.
— « Décidément, la chasse est bonne, et dans huit jours, au premier dimanche, tous les fourneaux seront en fête. »
Dans huit jours au plus tôt : avant de se laisser manger, il faut d’abord que l’escargot jeûne.
On les tient prisonniers dans des vases à fleurs, avec une planche et une pierre par-dessus.
Mais les escargots sont forts ; de plus, malins en diable. Pour sortir de leur noir cachot, ils s’entr’aident, font la courte échelle, unissent mille efforts en une formidable poussée ; si bien qu’il n’est pas rare un matin de retrouver le vase à fleurs vide, les murs de la chambre tapissés de bave argentée, et les escargots en corniche autour du plafond.
Dans les années sans pluie, il y a disette d’escargots. Pourtant on en déniche tout de même : parmi les touffes des grands fenouils dont ils aiment la tendre verdure et dont l’odeur forte les attire, ou bien encore des amas de sarments verts que les gens prévoyants laissent exprès dans l’entre-deux des allées de vigne, pour garder au sol un peu d’humidité.