Quand arriva le matin, un coup de feu — réel ou bien entendu en rêve, je l’ignore — me secoua, et je sautai à bas du lit, m’imaginant qu’Anseaume était parti déjà et qu’il cueillait le lièvre sans moi.

Mais non ! de la chambre à côté, un ronflement sortait régulier et sonore, et j’y trouvai le brave Anseaume en train de dormir tout vêtu.

— « Anseaume, Anseaume, monsieur Anseaume !

— Qui va là ? Présent !

— Il fait déjà clair, monsieur Anseaume, et comme je crois que la fermière…

— Mais oui, il fait clair, coquin de sort !… Pourvu que le lièvre ait attendu. Et te voilà encore en chemise ? Il fallait dormir sous les armes, dormir d’un seul œil, comme moi. Vite ! une goutte de cognac, et qu’on se culotte… le temps presse ! »

Tandis que je me hâtais, un peu honteux de ma paresse, Anseaume, du haut du perron, apprêtait les carniers et faisait jouer la bascule des crosses tout en considérant avec d’étranges froncements de sourcils et une moue d’inquiétude mal dissimulée l’horizon qui se colorait de plus en plus.

— Serions-nous en retard pour le lièvre, monsieur Anseaume ?

— Eh ! c’est bien le lièvre qui m’inquiète…

Déjà vers l’orient de vagues reflets roses couraient à la crête des montagnes, puis de grands trous d’or s’ouvrirent dans la brume ; puis les rayons de l’astre encore invisible se déployèrent comme un éventail vermeil qui couvrit la moitié du ciel… Anseaume était superbe à voir, immobile et debout sur les flamboiements de l’aurore.