La langouste évidemment fraîche était superbe à voir sous sa cuirasse écarlate, et la vieille enfantinement émue, avec son bonnet à coques roses et ses légers frisons d’argent, soupirait : — Mon Dieu, quel malheur ! et moi qui l’avais payée six francs, oui, six francs, pour faire une surprise.

Ceci eût probablement attendri un tigre, mais Nestor ne s’attendrit pas.

Nestor tranquillement prit la langouste, la flaira, puis, avec une grimace de dégoût, la fit circuler de main en main dans l’assemblée.

Suggestionnés par sa volonté, hypnotisés par son regard, tous répétèrent la grimace, et la vieille dame elle-même ne put s’empêcher de dire :

— C’est pourtant vrai, je n’y comprends rien, elle a comme une légère odeur.

— Légère ? Je vous crois. Flanquez-moi donc votre langouste par la portière, avant que tout le train ne soit asphyxié.

Et la vieille dame, soupirant toujours : « Quel malheur ! » s’apprêtait à flanquer sa langouste par la portière, lorsque Levoir, pris d’un remords tardif, la retint.

— Attendez, madame, tout bien réfléchi, c’est peut-être de notre boîte…

Nestor roulait des yeux terribles.

— Voyons, Nestor, nous pouvons avouer, puisque le train arrive en gare. Voici ton appât, c’est l’important !