Or, depuis quelques minutes, dans le compartiment secoué par la marche du train et surchauffé par le soleil, se répandait une odeur indéfinissable. Les dames, sortant leur mouchoir, baissaient la glace des portières ; les hommes s’entreregardaient avec des airs méchants et réciproquement soupçonneux.
Mais les vasistas avaient beau s’ouvrir, engouffrant à torrents avec le courant d’air du train, les effluves des forêts et des plaines successivement traversées, l’odeur n’en persistait pas moins, aggravée plutôt et de plus en plus cruelle aux narines.
Levoir songeait : — Allons bon ! voilà que notre appât travaille… Nestor clignait de l’œil et semblait lui répondre : — Laissons faire, l’appât n’en sera que meilleur.
Cependant l’odeur était devenue physiquement intolérable. On parlait de faire des fouilles. Comment sauver l’appât précieux ?
Nestor paya d’audace :
— Je ne comprends pas, s’écria-t-il, que, par une chaleur pareille, des gens trimballent en chemin de fer des langoustes à ce point avancées !
En même temps, cynique, il désignait du regard à l’indignation de tous une pauvre petite vieille portant sur ses genoux un panier d’où sortaient, en effet, deux longues antennes.
Interpellée ainsi, la petite vieille ouvrit son panier.
— Mais elle est fraîche, ma langouste ; je l’ai achetée vivante aux Halles il n’y a pas trois heures. Elle marchait, sa queue battait.
— Parbleu ! le tour est connu, ma bonne dame. On vous aura changé la langouste en la faisant cuire.