L’employé promit et ajouta :

— Dame ! c’est votre droit, si vous voulez venir ici tous les matins. Et tenez ! je vous conseille d’attendre. Le soleil baisse et la charrette ne tardera pas à rentrer avec le gibier de la journée.

Il avait raison : la charrette arrivait précédée du bruit d’une sonnette énorme qui, derrière les grilles, sur le seuil des portes, éveillait au passage un concert d’abois furieux. Deux hommes l’escortaient armés de lacets et de cordes.

Une fois devant le chenil on abaissa la trappe à bascule qui faisait ressembler la charrette à une sourcière géante. Mais les prisonniers, devinant, ne voulaient pas sortir.

— Bourriquet ! es-tu là ?… fit doucement l’aveugle.

Un chien s’élança, hurlant, fou de joie.

— Ah ! Bourriquet ! ah ! l’imbécile ! qui s’est laissé prendre à la fin.

Bourriquet tendait déjà son cou à la laisse, léchant les mains qui l’attachaient. Et, tandis que je soldais discrètement les frais de fourrière, j’entendais l’aveugle crier :

— Va, Bourriquet, va devant nous, toujours tout droit, dans la campagne. Va, Bourriquet, loin de ces villes, où les hommes pendent les chiens !

LES CHATS