Dans notre province honteusement arriérée, on n’emploie pas pour tuer les chiens les procédés civilisés mis en honneur par la science. On ne les asphyxie pas avec l’oxyde de carbone, on les étrangle comme au bon vieux temps.

Tout autour de la salle voûtée et ronde, à des crocs fixés dans le mur, une demi-douzaine de chiens pendaient, le cou serré d’un nœud coulant, le corps raidi, la langue tirée, avec ces attitudes lamentablement comiques que la potence donne, paraît-il, aux animaux ainsi qu’aux hommes.

Un rayon de soleil pénétrait par une meurtrière, aveuglant et mince comme une tige de fer rougie au feu ; et ce rayon éclaboussant d’or le pavé rouge et mal lavé ajoutait à l’horreur macabre du spectacle.

Écœuré pour ma part, j’essayai d’entraîner l’aveugle :

— « Sortons ! votre Bourriquet n’est pas là. »

Mais l’aveugle refusa, se méfiant. Il avait son idée, et voulait savoir par lui-même.

Lentement, de ses mains tremblantes, il palpait, l’un après l’autre, les cadavres. Et il hésitait parfois, craignant de reconnaître Bourriquet.

Au troisième — un caniche à toison frisée — je le vis tressaillir et recommencer, très ému, son investigation muette. Un nouvel examen plus attentif le rassura. Il nous dit : « J’ai eu bien peur. Celui-ci lui ressemble, mais ce n’est pas lui. »

Puis, quand il en fut au dernier, avec un soupir soulagé :

— Vous êtes de braves gens, je vous remercie. Voyez-vous : de penser que Bourriquet pouvait être mort ainsi, je n’aurais pas dormi de la nuit… Mais maintenant, s’il vient un chien mouton et que ce soit Bourriquet, on ne le tuera pas, puisque d’avance je le réclame !