— « Un chien d’aveugle, tondu en lion, avec une houppe au bout de la queue ? Non ! je ne me rappelle pas de chien d’aveugle… Mais on peut toujours voir ; vous comprenez, il nous en vient tant. Les ordres, depuis quelque temps, sont très sévères à cause de la rage. »
Et souriant, il nous guidait vers l’angle de la cour où, dans un chenil à claire-voie, quelques malheureux toutous, non réclamés encore, attendaient leur sort.
Ils n’aboyèrent point à notre approche. Résignés et mélancoliques, ils nous regardaient d’un œil doux.
L’aveugle appela Bourriquet, mais Bourriquet ne répondit pas.
— Voilà, dit l’employé, tous les chiens capturés dans la journée d’hier.
— Et les autres, ceux d’avant-hier ?
— Oh ! pour ceux-là leur compte est bon ; et depuis ce matin ils n’ont plus besoin de pâtée.
Alors, ne pouvant dissimuler davantage ses funestes pressentiments, l’aveugle, d’une voix que l’émotion rendait plus suppliante, demanda :
— Me permettrait-on de les voir ? pour être bien sûr… si par hasard…
— Rien de plus facile, ils sont là ; justement le garçon d’à côté se trouva en retard et n’a pas pris livraison encore.