—«A condition qu'il n'y ait pas de doute sur l'authenticité», répliquai-je. Cette fois, l'insinuation était si directe qu'il ne pouvait pas la laisser passer. J'essayais la balle de fusil. Le rhinocéros ne la distingua pas beaucoup de l'autre.

—«Plût à Dieu qu'il y eût des doutes!...» s'écria Courmansel. «Nous aurions le tableau. Je le disais devant vous à M. Boudron. Il était bien de cet avis. Je comprends maintenant pourquoi il hochait la tête devant cette admirable peinture. Ah! Il sait acheter, lui! C'est un commerçant. Moi, je ne suis qu'un critique. Je ne peux pas cacher ma pensée. Je ne considère pas que j'en aie le droit. La Méthode avant tout!...»

—«Comment?» interrompis-je, «vous supposez que M. Boudron...»

—«Oh!» répondit-il, «je ne suppose rien. Il sait acheter, voilà tout. Je vous le répète, il s'en vante souvent, et c'est vrai. Vous le verrez, et sa colère. Il est allé de ce pas chez Mme Ariosti pour essayer encore de faire rompre le marché... Ainsi...»

—«La comédie est en cinq actes!...» pensai-je. «Que lui aura dit la sublime marquise?...» Et tout haut: «Eh bien! moi, qui n'ai jamais eu d'interviews sur le tableau, et dont, par conséquent, vous ne soupçonnerez pas la sincérité, je vous affirme que ce prétendu Cristoforo m'est suspect, très suspect...»

—«Je voudrais bien connaître vos raisons», riposta Courmansel avec ironie. Je retrouvais enfin l'arrogance qui m'avait tant frappé durant la soirée passée entre lui et son futur beau-père, chaque fois qu'il s'était agi non pas de lui, mais de ses idées, mais de la Méthode. De quel accent il avait prononcé les sacro-saintes syllabes! Et il me tendait de nouveau les photographies, du geste dont les chevaliers croisés jetaient leur gant à un infidèle.

—«Mes raisons? J'en ai plusieurs», répartis-je en étudiant sur son visage l'effet de mes révélations progressives: «La première est tirée du modèle lui-même. La femme représentée ici est une Italienne, et une Italienne d'aujourd'hui. Jamais cette bouche, ces yeux, ce menton n'ont appartenu à une grande dame. Voyez... Ma seconde raison est l'évident travail que cette peinture a subi. Elle a été éraillée exprès, puis passée à une espèce de vernis mastic. La preuve en est la symétrie de toutes ces éraillures. C'est le grand signe du truquage, cela. Les faussaires en remettent. Ils fabriquent un objet trop complètement vieilli. Un vrai tableau aurait eu des parties très gâtées, et des parties moins gâtées... Enfin, les lettres que vous avez supposées dansent dans la signature. Vous avez, dans le commencement l'inscription X... R... US, avec des intervalles entre l'X et l'R, puis l'R et la syllabe US. Vous mettez un F dans le premier de ces intervalles. Il y a place pour deux lettres et un blanc. Vous ne mettez rien entre l'R et l'US. Il y a place pour une lettre.—Tenez.» Et tirant un crayon de ma poche, je traçai sur une feuille de papier le détail de la véritable inscription, celle que j'avais composée moi-même, jadis:

P. X. T. F. RIUS.

Et je les traduisis.

—«Pinxit Falsarius...»