—«Vous vous faites attendre, princesse... Tu sais ton rôle, ou plutôt tes rôles?»
—«Je les sais,» dit Valville, «mais ce costume...»
Il montra sa cravate et son veston, avec un air de gouaillerie, lui aussi, la gorge serrée par ce qu'il y avait de grotesque à la fois et de terrible dans cette apparition de l'agonisant dans cet attirail. Dubois, dit Brizard, avait dû s'asseoir. Ses efforts pour se vêtir ainsi et seul, l'avaient épuisé. Il répondit:
—«Ce n'est pas pour la salle que nous allons jouer, c'est pour moi...» Et montrant son front: «Je vois Monime, je vois Arbate, je vois Arcas...»
—«Est-ce que vraiment il deviendrait fou?» se demanda Valville.
Mais non. Ce n'était pas une hallucination morbide qui possédait Dubois, dit Brizard; c'était l'enthousiasme de l'art qui l'illuminait. Se dressant sur ses pieds, il attaqua la quatrième scène du quatre, comme il avait dit, celle où le vieux Mithridate, qui sait les sentiments de Monime pour un autre, la presse de l'épouser:
Venez, et qu'à l'autel ma promesse accomplie
Par des nœuds éternels l'un à l'autre nous lie...
Était-ce la fièvre d'une vie exaltée avant de s'éteindre par un suprême sursaut d'énergie? Était-ce l'émotion éprouvée par Valville, qui le rendait lui-même sensible à l'excès? Il lui sembla que ces vers, lus tout à l'heure avec indifférence, avec ennui, s'animaient soudain en passant par la bouche de son camarade. Ce n'était plus le roi du Pont qui parlait en alexandrins conventionnels, c'était la plainte du vieillard malheureux, le gémissement d'un cœur qui va s'arrêter de battre et qui dit adieu à toutes les choses de la vie, à l'amour, à l'espérance, au printemps,—ce printemps épanoui dans les lilas du petit jardin, sous la fenêtre! Et Valville écoutait, après avoir débité machinalement ses propres tirades, Dubois, dit Brizard, sangloter: «Elle me quitte!...» et se maudire:
D'avoir laissé remplir d'ardeurs empoisonnées
Un cœur déjà glacé par le froid des années...
Il l'écoutait se ressaisir, et, quand on lui annonce: