— «Je vous répète que je ne serai jamais sa femme,» dit Henriette, «aussi vrai que je ne garde rien sur le cœur contre lui. Vous voyez. Je vous parle sans exaltation, sans fièvre, sans révolte, sans rancune... Mais c'est une volonté irrévocable...»
La mère demeura une minute silencieuse. Elle comprenait bien qu'elle avait devant elle une de ces énergies avec lesquelles on ne discute pas. Elle en était étonnée à la fois et terrassée, comme il arrive quand on se heurte à des partis pris dont on sent la profondeur sans en comprendre le principe. Elle eut peur, si elle questionnait davantage sa fille, de l'entendre prononcer d'autres paroles, et elle dit:
— «Je t'ai laissée libre en effet, mais si je te demande d'attendre encore huit jours pour annoncer cette rupture à Francis?...»
— «Autant de jours que vous voudrez, maman,» répondit Henriette; «j'aurai seulement plus souffert, parce que j'avoue que de rester à Palerme au milieu de tant de souvenirs me sera cruel. Mais j'accepte tout de même. Je vous demanderai à mon tour deux choses, si vous voulez m'être bonne comme toujours...»
— «Lesquelles, ma pauvre enfant?» dit Mme Scilly. «Tu sais si bien que pour te voir heureuse je donnerais jusqu'à la dernière goutte de mon sang...»
— «Eh bien,» reprit la jeune fille, «la première est que nous quittions la Sicile au terme de ces huit jours...»
— «Je le veux bien,» répondit la mère; «on m'avait donné à choisir entre Palerme et Alger. Nous prendrons le bateau qui va d'ici à Tunis. C'est un voyage très facile, maintenant que je suis remise, et je comprends trop bien que tu ne puisses plus te plaire ici, où moi-même je me sentirais mal à l'aise... Et l'autre demande?...»
— «Je voudrais,» dit Henriette, «joindre une lettre à celle que vous écrirez à M. Nayrac pour lui annoncer que je lui rends sa parole...»
— «Il en sera encore comme tu le désires,» répliqua la comtesse, «mais j'espère, malgré toi, que j'enverrai à Catane une tout autre lettre, et que nous serons trois à partir pour Alger...»
— «Je sais que non,» répondit la jeune fille; et, comme elle prenait la main de sa mère pour la baiser en signe de remerciement, cette dernière put voir qu'elle n'avait plus à son doigt le bleu saphir de sa bague de fiançailles.