—«Ne me demande rien en son nom,» répondit-il tout bas. «Tu m'ôterais mon courage.»
—«Ne parle pas d'elle ainsi,» implora Valentine, en lui mettant sa main sur la bouche d'un geste épouvanté. «Tu ne la connais pas.»
—«Je connais ma honte,» répondit-il, en se dégageant, «et que je porte un nom volé.»
—«Elle en a tant souffert!» dit-elle. «Ils ont tant expié! Tu sauras... Tu sauras... Tu sauras...» Elle répéta ces mots par trois fois avec une certitude qui, même dans l'émotion de cette minute, fit venir aux lèvres du fils une question, mais désespérée:
—«Qu'y a-t-il donc à savoir encore?»
—«Tout,» répliqua-t-elle d'un accent profond. «Ce ne sont pas les actes qu'il faut juger, dans la vie, ce sont les cœurs. Ah! cède au tien en ce moment, mon Norbert, tu regretterais tant plus tard de n'avoir pas aidé à effacer!»
Ils étaient arrivés près de la maison, devant laquelle se profilait la silhouette du coupé du médecin. Le cocher, descendu de son siège, se tenait près de la porte. Il reconnut Mme de Chaligny et marcha vers elle, comme elle s'élançait de sa voiture.
—«Qu'y a-t-il?» lui demanda-t-elle en devinant à sa physionomie qu'il se passait quelque chose de nouveau.
—«Il est mort,» répondit l'homme, tout bas, en montrant de la main les fenêtres du premier étage de la petite maison, et, de cette voix, si indifférente dans sa gravité feinte, que prennent les gens du peuple pour annoncer un événement tragique, à l'importance duquel il semble qu'ils participent par ce message même.
—«Il est mort...» répéta Valentine, et elle saisit la main de son mari pour lui dire: «Il n'a pas pu savoir ta réponse et ton premier refus, je te le jure... N'est-ce pas», ajouta-t-elle en s'adressant au cocher du médecin: «C'est pendant que vous alliez d'ici à la rue Barbet-de-Jouy qu'il a passé?»