—«A la bonne heure,» reprit-elle, «vous me parlez, comme il faut, aujourd'hui... Bon... Donnez-moi ces soldats de plomb. Et un numéro,—là, dans cette coupe... Viendrez-vous demain, tirer avec nous notre loterie de Noël? Je ne vous ai pas envoyé de rappel, parce que vous n'êtes qu'un vieux garçon, et que cela vous ennuierait sans doute de voir une trentaine de bébés, et autant de mamans... Mais si le cœur vous en disait quand même...»

—«Alors,» lui dit-il, en prenant texte de sa plaisanterie, et sur le même ton: «Vous me blâmez d'être resté célibataire?... Et par conséquent, vous m'approuveriez de cesser de l'être?...»

La surprise de cette phrase inattendue saisit la jeune femme à un degré que son interlocuteur n'avait pas prévu: ses jolis doigts tremblèrent en serrant le nœud de la faveur rose qui devait fixer à la branche la petite boîte qu'il lui avait tendue. L'enfantin sourire de tout à l'heure n'entrouvrait plus ses lèvres rouges, qui se fermèrent dans un pli soudain attentif. Un regard scrutateur passa dans ses yeux bleus, et elle demanda:

—«C'est sérieux?... Et avec qui avez-vous l'idée de vous marier?...»

—«Vous me promettez le secret?» demanda-t-il d'un accent grave, lui aussi, et, sur sa réponse affirmative: «envers tout le monde,» et il souligna ces mots.

—«Envers tout le monde,» répliqua-t-elle en soulignant ainsi sa réponse.

—«Hé bien!» reprit-il, «que penseriez-vous, si je venais vous dire que j'épouse votre belle-mère?...»

Louise Le Hélin eut sur son front et autour de sa bouche une expression d'un saisissement plus vif encore. Elle regarda de nouveau Guchery avec des yeux d'une pénétration singulière, presque douloureuse. Puis, pour se donner une contenance, elle avisa dans la corbeille un autre joujou qu'elle commença de suspendre à une autre branche, sans répondre. Et, subitement, s'interrompant de son travail, elle posa l'objet sur une table, et, se retournant vers Guchery, elle lui dit, en le regardant bien en face et d'une voix profonde, à la fois impérative et suppliante:

—«Non, mon ami, non, vous ne ferez pas cela...»

—«Mais pourquoi?» répondit-il.