—«Oui,» continua Philippe, «qui descendent, qui cherchent ceux d'en bas…»
—«Je comprends,» fit le Père, «ils se repentent, ils ont raison. Nous avons un proverbe en Italie: Non bisogna aver paura che de' suoi peccati. Il ne faut avoir peur que de ses péchés.»
—«Cher Père,» dis-je pour couper court à l'absurde plaisanterie de mon jeune compagnon et comme notre sobre souper s'achevait, «ne verrons-nous pas dès ce soir les fresques de Gozzoli dont ces demoiselles anglaises m'ont parlé?»
—«Vous ne les jugerez peut-être pas très bien à la lumière,» fit dom Griffi; puis, le plaisir de montrer sa découverte l'emportant: «Mais vous les reverrez encore demain. Ah! Quand les moines reviendront, comme ils seront heureux de ces belles peintures! J'espère avoir le temps de les nettoyer entièrement cet hiver. Luigi, va chercher le bâton avec la cire, tiens, à la chapelle, avec cette clef;» et il tira de sa poche un trousseau d'énormes clefs. «Il faut beaucoup fermer de portes ici,» dit-il, «avec ces paysans qui vont et qui viennent à toute heure. C'est de braves gens, mais il ne faut pas tenter le pauvre.»
Luigi revint bientôt, apportant une espèce de rat-de-cave attaché à l'extrémité d'un bâton qui servait visiblement à allumer les cierges. Le moine se leva et redit le Benedicite, puis, avec une gaieté d'enfant, il prit la lampe par l'anneau d'en haut. «Je marche devant vous,» reprit-il en riant, «et, comme nous allons entrer dans un vrai labyrinthe, vous pouvez dire avec Dante:
Per la impacciata via, retro al mio duca[3]…»
[ [3] Par la voie embarrassée derrière mon guide. (Purg. Ch. XXI, v. 5.)
—«Encore le Dante!» me soufflait Philippe à l'oreille; «ces animaux-là ne peuvent rien faire, pas même manger un morceau de gorgonzola, de leur infâme fromage vert, sans qu'il leur vienne un vers de leur grand niais de Florentin qui s'appelait Durante, c'est-à-dire Durand. Saviez-vous cela? C'est Vallès qui a trouvé cette bonne plaisanterie. La Divine Comédie signée Durand!… J'ai envie de servir cette fumisterie à notre hôte.»
—«Vous tombez mal,» repris-je, «je vous ai déjà dit mon admiration pour ce grand poète.»
—«Je sais,» fit-il, «c'est votre côté idolâtre, dévotieux et sacrificateur. Mais moi, voyez-vous, je suis d'une génération d'iconoclastes, voilà toute la différence entre nos deux bateaux…»