—«Voulez-vous me laisser regarder ce livre?»
Il le prit de sa main décharnée, à la maigreur de laquelle on devinait le dépérissement de tout son pauvre corps, feuilleta quelques pages, et, rendant le volume à André:
—«Savez-vous, monsieur,» fit-il, «que c'est un mauvais métier que celui de bibliothécaire? Ils sont trop tentés. Ils finissent tous par voler les ouvrages qui leur sont confiés. Adieu, monsieur.»
Il se levait, en effet, pour prendre congé sur cette extraordinaire impertinence. Je vis que Mareuil réprimait la plus violente envie de rire.
—«Attendez,» dit-il, «je veux vous présenter l'un à l'autre.» Et il me nomma. Puis, avec solennité:—«Monsieur Jean Legrimaudet, l'ennemi personnel de Diderot et de Hugo, l'auteur de l'Histoire de l'ivrognerie en littérature.»
—«Monsieur est homme de lettres?» demanda Legrimaudet.
—«Poète,» répondit Mareuil.
—«Ah! monsieur est poète» (il prononçait poâte). «Faites-moi une ode, alors, monsieur, faites-moi une ode. Savez-vous comment M. Veuillot appelle le poète, monsieur? Un moineau lascif. Et quand il a publié ses vers, moi j'ai fait sur lui cette épigramme:
Veuillot,
Tardif