—«Voyons, mon petit marquis, soyez gentil: racontez-moi le dernier potin de Florence.»

—«Mais c'est l'aventure de votre ami, le prince Vitale,» dit le marquis; «il paraît qu'il porte toute sa fortune, ou ce qui lui en reste, dans un coffret qui ne le quitte jamais… Il change d'appartement avant-hier, et déménage tout, excepté le coffret. Le maître de l'hôtel installe ce même jour deux étrangers, un monsieur et une dame, dans cet appartement devenu libre du matin… Et voilà qu'à onze heures du soir, au cercle, notre Vitale s'avise de sa distraction… Et de courir à cet hôtel. Il frappe à la porte de son ex-appartement. Pas de réponse. Il frappe encore et encore. Enfin un homme sort, très pâle. Le voyage du personnage et de sa compagne était tout à fait illégitime. Excuses et explications. Vous devinez la scène. Et le prince est rentré avec sa cassette, mais sans avoir vu la dame, qui a été malade de frayeur toute la nuit. Vingt-cinq mille francs environ en billets de banque. S'il les avait perdus, comment les retrouver?…»

—«Madame de Nançay… Madame de Nançay…,» crièrent plusieurs voix tandis que la jeune femme riait aux éclats de cette anecdote sur un des jeunes hommes de sa société qu'elle goûtait le plus pour la fantaisie extravagante de sa vie et de son esprit.

—«Ils ne me laisseront pas m'amuser pour moi cinq minutes,» dit-elle. «Qu'y a-t-il?»

—«Le photographe attend pour le groupe.»

—«Hé bien, nous y courons,» fit-elle. «Voyons, Bonnivet, ici, et vous, Strabane, et vous… et vous…»—Et elle disposait les assistants. «Ah! ici, Vitale,» cria-t-elle au prince qui venait d'arriver: «Voulez-vous que je vous envoie chercher un coffret pour le tenir sur vos genoux?…»

—«Ah! On vous a déjà dit?…»

—«Silence dans le rang,» s'écria-t-elle…

En ce moment tous les invités s'étaient groupés au bord de la tente; chacun avec l'expression qu'il croyait devoir le mieux lui convenir: celui-ci rêveur, cet autre souriant. Des types de toutes les races se trouvaient là, reconnaissables à des formes de visage, des couleurs de cheveux, de prunelles et de teint. Des Espagnols et des Polonais, des Anglais et des Russes, jusqu'à des Danois et des Américains se tenaient coude à coude devant l'objectif braqué sur eux et qui allait immobiliser le joli souvenir de cette claire après-midi. Les chanteurs napolitains s'étaient placés dans un des coins, faisant des mines qu'ils jugeaient dramatiques et gracieuses. Il y eut quelques minutes d'un entier silence.

—«C'est fait,» cria le photographe.—«Une seconde épreuve,» dit-il encore.—«C'est fait,» cria-t-il de nouveau.