—Vois-tu, ne me dis rien contre lui, j'aime mieux que tu ne m'en parles pas.
—Bon! c'est toi qui as commencé! Tu sais bien pourtant à quel degré il m'est... peu sympathique?
—Tu as tort, si tu voulais le recevoir davantage, tu saurais l'apprécier, et tu verrais!
—Quel cœur, quel dévouement profond, etc... Connu!
Et cela finissait toujours par des larmes; j'étais obligée de la consoler, de la remonter, je trouvais à dom Pedro toutes les qualités qu'elle voulait; pourtant je ne pouvais approuver sa conduite, «pauvre petite», et je me reprochais d'avoir la faiblesse de ne pas lui dire qu'il était un monstre!...
VI
Je n'ai jamais très bien compris pourquoi Louise tenait tant à une approbation de ma part? Quel changement cela eût-il apporté dans sa vie? Ce qui empoisonnait son existence, était de ne pouvoir légitimer son coupable amour. C'est que c'était une nature profondément honnête que la sienne, et j'étais convaincue qu'elle n'avait dû céder qu'à contre-cœur.
Je ne me trompais pas, car un jour il lui vint à l'idée de me raconter la persistance de dom Pedro à la poursuivre, combien elle avait résisté longtemps, puis enfin, ayant cru à un amour unique, à un cœur neuf comme le sien, comme elle s'était attachée à cet homme, prise par un attrait irrésistible, un sentiment qui lui avait été inconnu jusqu'alors, qu'on l'appelle amour, ou d'un autre nom. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle s'était livrée, abandonnée complètement; elle était devenue la chose de dom Pedro. Ce mot qu'elle avait employée en se révoltant contre son mari, elle s'en rassasiait à présent en l'appliquant à celui-ci: «Oui, disait-elle, ma joie est d'être la chose de dom Pedro!»
Cet attachement que je soupçonnais à peine, quand Louise m'en fit l'aveu, durait depuis plusieurs années déjà. Pour elle, c'était devenu comme un besoin impérieux, sa vie tout entière était là, tandis que, pour lui, ce n'était plus qu'une lourde chaîne. Cependant, comprenant les ravages qu'il avait faits dans ce pauvre cœur si franc, il avait, au moins, la pudeur de lui laisser croire à une affection réelle.
Louise avait le respect de sa mère et, pour rien au monde, elle n'aurait voulu lui faire la triste confidence que j'avais reçue. Ce n'était pas un des côtés les moins douloureux de cette singulière existence, car je ne crois pas avoir jamais rencontré un cœur de mère plus follement aveugle que celui de la comtesse de F... sa mère.