Cependant dom Pedro, persévérant dans ses projets de voyage, partit à la date fixée.
Je ne puis peindre le désespoir de Louise; naturellement celui de dom Pedro n'était que simulé, il était facile de le voir; elle seule ne s'en aperçut pas.
—Quelle idée a-t-il d'aller par mer, me dit-elle le lendemain de son départ, c'est affreux un éloignement comme celui-là; je ne puis avoir de ses nouvelles ni communiquer avec lui jusqu'à son arrivée, et pendant ce temps je mourrais de douleur, sans pouvoir le supplier de revenir me donner un dernier adieu! Ce serait impossible! Impossible, comprends-tu bien ce mot?
Et elle sanglotait.
—Vraiment, Louise, tu n'es pas raisonnable, lui dis-je un jour; cet homme (je ne pouvais l'appeler autrement, à son grand désespoir) cet homme a réellement besoin de retourner chez lui, songe donc que ce n'est pas à la guerre qu'il va, c'est au contraire dans un but très pacifique. Il va pour augmenter son bien-être; il reviendra satisfait, heureux même, de son voyage.
Et je pensais intérieurement: Si l'Océan pouvait l'engloutir!
Mais Louise reprenait:
—Tu ne comprends pas le désespoir, toi! Si tu sentais ce que je ressens, tu te demanderais comment je vis encore! Je me fais cette question à moi-même, et c'est souvent que je me demande pourquoi, en effet, je ne suis pas morte.
—Comment, Louise! Tu vis parce que telle est la volonté divine!
—Oh! Jeanne! la volonté divine n'est pas de nous créer pour nous rendre malheureuses. Je suis un être maudit, moi; oui, vois-tu, quand on sait qu'on est coupable, et qu'on n'a pas le courage de changer, on souffre à en mourir et on souhaite la mort, car elle est préférable à cette souffrance.