Et comme je répliquais:
—Non. Il est préférable de revenir à la voie droite.
—Je ne puis pas, répondait-elle, je me sens lâche, mais pas assez, pourtant, pour ne pas en finir avec la vie. Il me serait doux de penser, qu'après lui avoir sacrifié repos, honneur, famille, tout ce qui vit en moi, ce serait ma vie elle-même que je lui donnerais.
—Es-tu folle? Et penses-tu sérieusement à ce que tu dis? Le suicide est toujours une lâcheté... tais-toi.
—Oh non! Le suicide n'est pas une lâcheté. Dieu pardonne à ceux qu'il accable; je voudrais mourir, parce que j'espère en la mort et l'attends comme une délivrance!
—Allons, tu es gaie!
—Tu peux rire, toi, que te manque-t-il? On te vénère, on te respecte... mais moi, si je m'entends approuver, je me dis: Ils ne savent pas! Si l'on m'admire, si l'on m'applaudit quand je chante, je me dis: Est-ce que cela me l'attache davantage? Il n'est pas à moi tout à fait! Va, je ne suis pas heureuse, plus rien ne m'est doux; le sommeil seul me console, parce qu'il me permet d'oublier, et la mort, c'est un sommeil qui dure... On m'oubliera vite, je ne gênerai plus rien!
Et puis, ajouta-t-elle plus bas, je ne verrai plus cette figure placide de Jules, me reprochant jusqu'à mes pensées.
—Jules ne te reproche rien du tout, c'est le remords qui t'agite... Renonce à dom Pedro, et le calme que tu ressentiras te rendra le bonheur que tu repousses!
—Tu vois bien, Jeanne, qu'il me faut mourir, c'est le seul moyen de suivre ton conseil. Renoncer à dom Pedro?... Ce serait renoncer à l'air que je respire, fermer les yeux à la lumière, comprimer mon cœur à en arrêter les battements... alors, que ce soit pour toujours!...